Présentation du Laboratoire


Initié par l’artiste Ann Veronica Janssens et Nathalie Ergino, directrice de l’Institut d’art contemporain, ce projet propose d’interroger, à partir du champ des expérimentations artistiques, les recherches pratiques et théoriques permettant de lier espace et cerveau. Interdisciplinaire, ce Laboratoire rassemble les réflexions et les expériences d’artistes et de scientifiques (neurosciences, physique, astrophysique) ainsi que celles de philosophes, d’anthropologues, de théoriciens et d’historiens de l’art.

Le principe du laboratoire espace cerveau est né de constats mutuels.
Depuis les années 80, Ann Veronica Janssens explore de multiples approches de la perception, de l’espace, confrontant perte de repères et sensations de réel. Elle fait appel aux compétences de spécialistes plutôt scientifiques, afin d’élaborer de façon volontairement intuitive des zones de sensibilité et d’acuité. Aujourd’hui, au vu de l’accélération des données scientifiques, Ann Veronica Janssens a choisi de mettre l’accent sur l’expérimentation par la mise en œuvre d’un immense « chantier » d’investigations et de prototypes.

Après de nombreuses expositions consacrées à des artistes comme Rodney Graham, Carsten Höller, ou des expositions collectives telles que Maisons-Cerveaux (1995) et Subréel (2002), cristallisant chacune à leur manière des questions d’espace et de perception, Nathalie Ergino tente d’évaluer l’enjeu artistique de ces différentes propositions. En apparente filiation avec les approches des années 50-70, ces démarches sont pourtant différentes, déjà de par leur inscription temporelle dans une époque à la fois d’application (cybernétique, électronique..) et de recherche scientifique accrue. Peut-on encore désigner l’inconscient comme outil potentiel du réel, peut-on avancer aujourd’hui la notion de « perception critique » ?

En effet, les recherches scientifiques actuelles renouvellent notre approche de l’espace et de son articulation avec le cerveau. Des avancées neurophysiologiques aux découvertes physiques (physique quantique, théorie des cordes, nanosciences…), l’appréhension du monde a basculé de l’espace euclidien vers un espace encore indéterminé, en mutation. Si depuis toujours, en passant par la Renaissance perspectiviste, la pensée spatialise et construit le monde, peut-on encore parler aujourd’hui de sa représentation ? Comment le fait politique peut-il alors se renouveler ? Que deviennent les enjeux de l’art ?

Ce projet se propose d’explorer l’extension cognitive et phénoménologique de la pensée, à travers notamment la considération du « corps en acte(1) » comme élément constitutif du monde. Il prend ainsi pour hypothèse de dépasser les traditionnelles dualités, et les conditionnements qu’elles recèlent : objectivité / subjectivité, conscient / inconscient, centralité / décentrement, matérialité / immatérialité …

Plutôt que d’envisager les relations du cerveau à l’espace, ce Laboratoire entend prendre appui sur l’espace même. D’une part comme possible synonyme du fait artistique, d’autre part comme extension de l’œil, du cerveau et du corps. McLuhan(2) évoquait cette extension au niveau planétaire, « c’est son système nerveux central lui-même que l’homme jette comme un filet sur l’ensemble du globe dont il fait ici un immense cerveau vivant ». Pourquoi ne pas imaginer à présent le cosmos comme un cerveau ? L’art pourrait constituer un mode opératoire, intuitif et mobile, susceptible de relier recherches neuroscientifiques et physiques-astrophysiques.

Quels sont les fondements et les caractéristiques des recherches aujourd’hui de Micol Assaël, Olafur Eliasson, Cerith Wyn Evans, Bertrand Lamarche, Carsten Nicolaï ou Carsten Höller… ?

DEROULEMENT DU LABORATOIRE ESPACE CERVEAU

Si l’objectif du laboratoire est de prendre part à la réflexion sur ces bouleversements qui traversent la société toute entière, il consiste également à contribuer au développement des recherches artistiques en cours, sans certitude pour autant d’aboutissement.

Dans l’attente d’une éventuelle exposition, le Laboratoire espace cerveau se développera par étapes, en « stations », jusqu’à l’horizon 2012, sous différentes formes : journées d’études, conférences, interventions, présentations d’œuvres, constitution d’une documentation, publications, blog…

Unité d’exploration, le Laboratoire va ainsi traverser différents « champs » : neurosciences, physique et astrophysique, nanosciences, objets mathématiques et topologie, nouvelles technologies, parapsychologie, hypnose et télépathie, chamanisme et animisme, ou encore espaces de la non-vision…

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(1) Conférence d’Alain Berthoz, « Espace et cognition », novembre 2005

(2) McLuhan en 1964, commenté par Arnauld Pierre, « L’œil multiplié », catalogue de l’exposition « L’œil moteur. Art optique et cinétique 1950-1975 », Musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg, 2005.

 
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Laboratory Space Brain


STATEMENT OF INTENT


Initiated by the artist Ann Veronica Janssens and Nathalie Ergino, director of the Institut d’Art Contemporain, this project proposes to work in the field of artistic experimentation and explore the practical and theoretical research enabling us to link the space and the brain. This interdisciplinary laboratory brings together the reflections and experiments of artists and scientists (neuroscience, physics, astrophysics...), and also of philosophers, anthropologists, art historians and theoreticians.

The principle of the brain space laboratory came about through some mutual observations. Since the 1980s, Ann Veronica Janssens has been exploring, and experimenting with multiple approaches to perception, space, confronting loss of bearings and feelings of reality. She calls upon the skills of specialists with scientific leanings in order to devise areas of sensitivity and acuity in a deliberately intuitive way. Today, in the light of the current acceleration in scientific advances, Ann Veronica Janssens has chosen to place the emphasis on experimentation by setting up a huge “work in progress” of investigations and prototypes.

After numerous shows devoted to artists like Rodney Graham or Carsten Höller, and to group exhibitions such as Maisons-Cerveaux (1995) or Subréel (2002), Nathalie Ergino is seeking to assess the artistic issues involved in these various approaches, which would seem to follow on from those of the 1950-70s, and yet already different through their chronological setting during a period of increased scientific application (cybernetics, electronics...) and research. Can one still designate the unconscious as a potential tool of reality; and what does the notion critical perception mean today?

For present day scientific research is renewing our approach to space and its articulation with the brain. From advances in neurophysiology to physical discoveries (quantum physics, string theory, nanoscience...), our apprehension of the world is now tipping over from Euclidian space into an as yet indeterminate space, undergoing mutation. While thought, taking in the perspectivist Renaissance, has always spatialised and constructed the world, can we still speak today of its representation? This project proposes to explore the cognitive and phenomenological extension of thought, through the consideration of the “corps en acte1” [body in act] as a constituent element of the world. It makes the assumption of going beyond traditional dualities — objectivity / subjectivity, conscious / unconscious, centrality / decentring, materiality / immateriality...

Rather than envisage the relations of the brain to space, this Laboratory means to rely on space itself. First as a possible synonym for the artistic act, secondly as an extension of the eye, brain and body. McLuhan talked about this worldwide extension, saying that man casts his own central nervous system like a net across the globe which he turns into a huge living brain. Why not now picture the cosmos as a brain?

Art could be an intuitive, mobile operating mode, capable of linking research in neuroscience, physics and astrophysics. From the late 1950s, many artists put into practice new approaches to the relationship with the viewer-visitor. From an egocentred posture, which conveyed their feeling in plastic terms, they moved on to propositions of the “allocentred” type, in which the perception of the world was then as it were given to be shared, following a process whereby the “self” and the other blended together, making room for the emergence of the experience per se. So it is important that the Brain Space Laboratory (Station 1) should decode and re-examine these past artistic approaches in the light of contemporary artistic practices.

Above and beyond the visual effects of optical kinetic art, the often three- dimensional works summoned here have generated a new relation to space through their immersive dimension, the introduction of light and movement as raw materials, and also inducing hypnotic or “waking dream” effects (appliances of Nicolas Schöffer, Brion Gysin...).

In an apparently more metaphysical mode and following on from Lucio Fontana, James Turrell also undertakes the conquest of the infinite, decreeing perception to be a medium in itself. What are the bases and characteristics of research being carried out now by Micol Assaël, Berdaguer and Péjus, Olafur Eliasson, Cerith Wyn Evans, Bertrand Lamarche, Carsten Nicolaï...?

PROGRESS OF THE BRAIN SPACE LABORATORY

While the laboratory’s aim is to take part in these upheavals affecting the whole of society, it also involves contributing to the development of artistic research in progress, with no guarantee, however, of ever getting anywhere. Awaiting a possible exhibition, the Brain Space Laboratory will be developed up until 2011 in stages, “stations”, in various forms — day seminars, lectures, papers, presentations of works, collating documentation, publications, blog...

As an exploration unit, the Laboratory will thus pass through various “fields”: neuroscience, physics and astrophysics, nanoscience? new technologies, psychoanalysis and neuroscience, parapsychology, hypnosis and telepathy, non clairvoyance, or again shamanism and animism.

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(1) Lecture by Alain Berthoz,"Espace et cognition", November2005.