Pour Christian Bernard
1950 - 2026
1950 - 2026
Par Anne Dary, directrice du Frac Rhône-Alpes de 1983 à 1986
Christian Bernard a changé ma vie. En effet, il faisait partie du jury pour la direction du Frac Rhône-Alpes où je m’étais présenté fin 1982. Nous ne connaissions pas alors. Nous avons travaillé ensemble à Lyon pendant 3 ans, afin de constituer le socle de la collection du Frac, la présenter dans les lieux les plus divers de la région, visiter les ateliers des artistes, rencontrer les acteurs de la création artistique ; tel fut notre quotidien, ce fut passionnant, et il m’a tout appris.
Ce que j’aimais particulièrement chez lui, c’était son rapport aux artistes, les défendant sur un temps long, à travers des expositions personnelles ou collectives, des festivals et des acquisitions. Sa façon de regarder les œuvres et de les montrer était totalement originale.
Après Lyon, nous avons continué à nous voir avec mon conjoint, Etienne Bossut, car il l’a montré avec fidélité aussi bien à Nice qu’à Genève. Nous allions régulièrement aux vernissages au MAMCO, fêtes pour l’intelligence, les yeux et les rencontres ! les expositions du MAMCO étaient pour moi une nourriture visuelle, avec toujours de nouvelles découvertes, des accrochages surprenants qui renouvelaient le regard sur les œuvres.
Merci à toi, Christian pour toutes ces belles années, tu vas nous manquer.
Par Marie-Claude Jeune, directrice de l’ELAC (Espace lyonnais d’art contemporain) de 1978 à 1986 puis Conseillère pour les arts plastiques à la Drac Rhône-Alpes
C’est en 1982 que Christian Bernard arrive en Rhône-Alpes à la Direction régionale des Affaires culturelles du Ministère. Il fait partie de cette première vague de conseillers artistiques qui, par leurs engagements, leur formation, leur dynamisme et leur parcours professionnel varié, sont recrutés par le gouvernement Lang pour mettre en œuvre une politique ambitieuse de décentralisation culturelle. Il trouve une région riche de deux musées l’un à Saint-Étienne, l’autre à Grenoble, Lyon restant, dans ce domaine, une ville traditionnelle et feutrée. Christian se lance alors, corps et âme, à l’assaut de ce paysage culturel naissant, et, en moins de 4 ans, fait de Rhône-Alpes une région "exemplaire", dotée, entre autres, de structures dédiées à l’art contemporain toujours actives aujourd’hui. Particulièrement apprécié des artistes par le regard qu’il porte sur leur travail et le souci d’accompagner leur début de carrière, il encourage quelques galeries lyonnaises à sortir de l’ombre et à s’engager, entre autres, dans une programmation plus attentive aux artistes émergents.
Conscient de la nécessité de mettre en œuvre une politique culturelle en concertation étroite avec les élus, il noue de multiples contacts que l’installation, en quelques semaines, du Fonds régional d’art contemporain, viendra consolider. La mise en place du FRAC Rhône-Alpes est, à lui seul, un grand évènement puisque Christian place tout de suite la barre très haut…Il sait gagner la confiance de l’élu régional qui deviendra le président de la structure et instaure une politique ambitieuse d’acquisition qu’un Comité, formé de collectionneurs et amateurs particulièrement concernés par l’art contemporain, s’engage à mener.
Lui succéder début 86, suivant son conseil de poser ma candidature, était pour moi un véritable défi…J’ai essayé, autant que cela me fut possible, de respecter la voie qu’il avait tracée. L’occasion me fut donnée de lui faire retrouver ce FRAC dans lequel il s’était si intensément engagé, en lui proposant de diriger la publication du catalogue des acquisitions. Le FRAC lui confia une assistante, tout juste sortie de sa formation universitaire en histoire de l’art, qui avait la charge de rassembler tous les documents nécessaires à l’édition ; un travail mené avec une grande compétence par Valérie Mavridorakis qui devint son épouse et l’accompagna jusqu’au bout.
La participation le 29 avril dernier de Christian Bernard, en visio-conférence depuis sa chambre d’hôpital, à la table-ronde organisée par le Mac pour célébrer 50 ans d’art contemporain à Lyon, restera longtemps dans nos mémoires, comme un magnifique et courageux témoignage de ce que fut une vie consacrée à l’art contemporain, à sa transmission et à sa diffusion. Un bel exemple pour les jeunes générations…
